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Financement du développement : la BID ouvre l’Afrique aux capitaux privés


(Les Afriques 01/02/2008)


La Banque islamique de Développement a adopté un programme spécial de développement de l’Afrique de 14 milliards de dollars qui ouvre aux pays l’accès aux ressources financières du marché.

Doctrine absurde
La BID ouvre aux marchés financiers les 20 pays subsahariens, sur les 22 qu’elle compte, qui ne pouvaient prétendre qu’à des prêts concessionnels en vertu de la logique imposée par la Banque mondiale dans le financement du développement. Par cette doctrine, absurde à certains égards, même un projet du secteur marchand à la rentabilité avérée ne peut prétendre aux ressources du marché, sous prétexte de ne pas alourdir la dette des pays. Cette doctrine est en partie responsable de la crise énergétique qui frappe maints pays subsahariens. Leurs projets d’investissements dans l’électricité ne pouvant être financés que sur ressources concessionnelles, la Banque a assujetti l’octroi de ces financements à des réformes institutionnelles, longues à mettre en œuvre. En attendant, le déficit énergétique s’aggrave et finit par se répercuter sur la croissance de l’économie. C’est le risque permanent que le médecin arrive après la mort. La BID, à l’instar de la Chine, pour d’autres raisons, vient de prendre résolument le contrepied de cette doctrine. Elle avait du reste déjà entamé cette révolution silencieuse, mais la réunion de Dakar, par l’engagement à la fois de la Banque et des pays membres africains, lui confère davantage de légitimité. Pour les secteurs marchands susceptibles de générer des revenus, les ressources du marché pourront être mobilisées par la BID qu’il s’agisse de ses ressources propres à travers ses différents guichets ou de ses partenaires dans le cadre de cofinancement privé/public. Pour le financement des barrages du fleuve Niger, c’est cette approche qui a permis de boucler le financement. D’autres exemples devraient suivre. C’est ce qui permet à la banque de tabler sur quelque 14 milliards de dollars, soit bien plus que la totalité du Fonds de solidarité islamique pour le développement.

Par cette doctrine, absurde à certains égards, même un projet du secteur marchand à la rentabilité avérée ne peut prétendre aux ressources du marché, sous prétexte de ne pas alourdir la dette des pays.

Capacités d’absorption
Ce nouveau programme prend le relais du programme, dit de Ouagadougou, qui avait bénéficié d’une enveloppe de deux milliards de dollars à partir de 2002 pour permettre à la Banque de contribuer davantage à la lutte contre la pauvreté en Afrique, où près de 45 % de la population, soit 360 millions d’habitants vivent en dessous du seuil de pauvreté avec moins d’un dollar par jour. Le programme de Ouagadougou a dépassé les objectifs qui lui étaient assignés puisque ce sont finalement 2,03 milliards qui ont été approuvés. Ce résultat satisfaisant n’a pas occulté le fait que malgré tout, dans la plupart des pays africains, la pauvreté continuera de sévir. « Au rythme actuel, et en dépit des progrès réalisés, peu de pays d’Afrique subsaharienne pourraient atteindre tous les OMD du fait d’un manque de ressources et de capacité d’absorption », reconnaît la BID. Pour donner une nouvelle impulsion à l’action de la BID en Afrique, le 3ème sommet extraordinaire de l’Organisation de la Conférence islamique, en décembre 2005 à Makka Al Moukarrama, avait instruit la BID et l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI) d’élaborer un « Programme spécial pour le développement de l’Afrique ». C’est le même Sommet qui avait également décidé de la création du Fonds de Solidarité islamique pour le Développement, FISD, d’un montant de dix milliards de dollars lancé lors de l’Assemblée annuelle de la Banque, en mai 2007 à Dakar.

Solidarité islamique
Le nouveau programme serait doté d’environ 14 milliards de dollars. Une partie proviendrait justement du FISD. Le reste, des autres guichets du groupe de la BID et de ses partenaires. Là se situe la véritable innovation. Le communiqué final indique simplement que « Les ministres ont en particulier fortement soutenu l’approche proposée de continuer à financer des programmes de lutte contre la pauvreté par la canal du FISD, (…) et en même temps de financer des projets structurants d’infrastructures en partenariat avec le secteur privé pour favoriser la croissance économique génératrice d’emplois et de revenus… » En clair, pour les secteurs sociaux, les ressources concessionnelles seront utilisées mais, pour les infrastructures en revanche, les guichets non concessionnels du Groupe seront mis à contribution.








Par Chérif Elvalide Sèye, Dakar 31-01-2008

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